Un intérêt intense pour un objet, une pratique inhabituelle entre partenaires consentants, ou une attirance qui implique l’absence de consentement : la paraphilie recouvre des réalités très différentes. Certaines sont sans danger, d’autres sont nuisibles ou illégales. Voici comment faire la différence, et vers qui se tourner si besoin.
Besoin d’aide tout de suite pour éviter de passer à l’acte ? Contactez la ligne STOP au 0 806 23 10 63, gratuite et confidentielle.
La paraphilie, c’est quoi ?
Une paraphilie est un intérêt sexuel qui sort de la norme statistique, intense et durable (au moins six mois). On parle de trouble paraphilique lorsque cet intérêt cause une détresse importante à la personne, ou nuit à autrui.
Le DSM-5 (manuel de référence en psychiatrie) recense notamment :
- L’exhibitionnisme
- Le voyeurisme
- Le frotteurisme
- Le masochisme sexuel
- Le sadisme sexuel
- La pédophilie
- Le fétichisme
- Le travestisme fétichiste
- D’autres troubles spécifiés, comme la zoophilie ou la nécrophilie
Une distinction essentielle avant d’aller plus loin
Toutes les paraphilies ne se valent pas, et c’est le point le plus important de cet article.
Certaines, comme le fétichisme ou certaines pratiques du BDSM, se vivent entre adultes consentants et ne posent aucun problème en soi. D’autres impliquent par nature l’absence de consentement d’autrui, ou concernent des mineurs : elles sont toujours nuisibles, et toujours illégales, quels que soient les sentiments ressentis par la personne concernée.
Ressentir une attirance n’est pas un choix. Agir dessus en est un. Et c’est celui-ci qui fait toute la différence.
Paraphilies liées à des activités : exhibitionnisme, frotteurisme, voyeurisme
- Exhibitionnisme : montrer ses parties génitales à une personne non consentante pour en tirer une excitation sexuelle. C’est un outrage public à la pudeur, passible de sanctions pénales.
- Frotteurisme : se frotter contre une personne ou tenter de la toucher sans son consentement, souvent dans un lieu bondé (transports, concerts, festivals). C’est puni par la loi.
- Voyeurisme : observer une personne se déshabiller ou avoir un rapport sexuel, à son insu. Également punissable par la loi.
Ces trois pratiques ont un point commun : elles reposent sur l’absence de consentement de la victime. Ce ne sont pas des « préférences » à relativiser, ce sont des infractions.
Sadisme et masochisme : où se situe la limite ?
Le sadisme et le masochisme sexuels ne sont des troubles que lorsqu’ils s’exercent sans consentement. Le BDSM pratiqué entre adultes consentants, avec négociation et mots de sécurité, n’entre pas dans cette catégorie : c’est une pratique sexuelle comme une autre.
En revanche, on parle de trouble lorsque l’excitation dépend de faire souffrir ou humilier une personne qui n’y consent pas. C’est le cas, par exemple, dans les agressions sexuelles : l’auteur y trouve une excitation liée à la souffrance infligée à sa victime, en dehors de tout cadre consenti.
La pédophilie : attirance et passage à l’acte, deux choses différentes
La pédophilie désigne une attirance sexuelle pour des enfants prépubères. Ressentir cette attirance n’est pas, en soi, un acte criminel : c’est un trouble reconnu, qui peut et doit être pris en charge avant qu’il ne mène à un passage à l’acte.
Agir sur cette attirance, en revanche, est toujours un crime grave. En France, la loi fixe un seuil de non-consentement à 15 ans : tout acte sexuel entre un adulte et un mineur de moins de 15 ans est automatiquement qualifié de viol ou d’agression sexuelle, quel que soit un « consentement apparent » de l’enfant.
La consultation de contenus pédopornographiques est également un délit, sévèrement puni par la loi.
Si vous ressentez ce type d’attirance et craignez de passer à l’acte, un dispositif existe en France pour vous aider avant qu’il ne soit trop tard :
Ligne STOP : 0 806 23 10 63
Service national, gratuit et confidentiel, destiné aux personnes attirées sexuellement par des enfants. Géré par la Fédération française des centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (FFCRIAVS), du lundi au vendredi.
Visitez le site internet de Dispositif Stop
En cas d’urgence
Travestisme et fétichisme
- Travestisme fétichiste : excitation sexuelle intense liée au fait de porter des vêtements associés à un autre genre que le sien.
- Fétichisme : excitation liée à un objet inanimé ou une partie du corps non génitale (pieds, sous-vêtements, cuir…). C’est l’une des paraphilies les plus courantes et les plus anodines.
Ces deux pratiques, vécues seul·e ou avec un·e partenaire consentant·e, ne posent pas de problème en tant que telles. Sauf si elles vous font souffrir, dans ce cas .
Zoophilie et nécrophilie
- Zoophilie : attirance pour les rapports sexuels avec un animal. Le passage à l’acte (bestialité) est puni par la loi, au titre de la maltraitance animale.
- Nécrophilie : attirance pour les rapports sexuels avec un cadavre. Toujours punie par la loi en France.
Autres paraphilies plus rares
- Urophilie : excitation sexuelle liée à l’urine.
- Émétophilie : excitation sexuelle liée aux vomissements.
- Coprophilie : excitation sexuelle liée aux excréments.
Pratiquées entre adultes consentants, dans un cadre privé, ces paraphilies ne posent pas de problème légal. Elles restent toutefois taboues, ce qui peut isoler les personnes concernées.
D’où vient une paraphilie ?
Il n’existe pas de cause unique identifiée. Certain·es chercheur·euses évoquent une origine congénitale, d’autres un développement pendant l’enfance ou plus tard dans la vie. Le sujet reste difficile à mesurer précisément, tant il reste tabou.
Une étude québécoise menée en population générale (Joyal & Carpentier, 2017) montre que l’intérêt pour certaines paraphilies est plus répandu qu’on ne l’imagine : voyeurisme (60 % des hommes, 34,7 % des femmes interrogé·es), fétichisme (40,4 % et 47,9 %). L’intérêt pour le sadisme (9,5 % et 5,1 %) et la pédophilie (1,1 % et 0,2 %) reste beaucoup plus faible, et le passage à l’acte concerne une part encore plus réduite des personnes interrogées.
Comment se faire aider ?
Si une paraphilie vous fait souffrir, ou risque de nuire à quelqu’un d’autre, en parler à un·e professionnel·le est une vraie ressource, pas un aveu de faiblesse. Votre médecin traitant peut vous orienter vers un·e psychologue, un·e psychiatre ou un·e sexologue, tenu·e au secret professionnel.
Plusieurs approches existent : la thérapie individuelle ou de groupe (la thérapie cognitivo-comportementale a montré son efficacité pour réduire le risque de passage à l’acte), et parfois un traitement médicamenteux (inhibiteurs de testostérone, antidépresseurs), toujours encadré médicalement.
Faut-il avoir honte de sa paraphilie ?
Pas si elle se vit entre adultes consentants et ne nuit à personne. Le fétichisme du cuir, par exemple, est tout à fait anodin. La honte vient surtout de la stigmatisation sociale, de la peur du jugement ou du rejet, ce qui pousse beaucoup de gens à vivre cachés plutôt qu’à en parler.
En revanche, s’il existe un risque de nuire à soi-même ou à autrui, chercher de l’aide devient essentiel, et ce sans attendre.
FAQ : paraphilie, vos questions fréquentes
Une paraphilie est-elle forcément un trouble mental ?
Non. On ne parle de trouble que lorsque l’intérêt sexuel cause une détresse importante à la personne ou nuit à autrui. Une paraphilie vécue sereinement, entre adultes consentants, n’est pas un trouble.
Peut-on guérir d’une paraphilie ?
L’objectif d’une prise en charge n’est pas toujours de faire disparaître l’attirance, mais d’aider la personne à ne jamais passer à l’acte lorsque celui-ci serait nuisible, et à mieux vivre avec cette réalité.
Que faire si mon ou ma partenaire me révèle une paraphilie ?
Écoutez sans juger avant de réagir. Si la pratique évoquée se vit entre adultes consentants, il s’agit d’une discussion de couple comme une autre. Si elle implique l’absence de consentement d’autrui ou des mineurs, il s’agit d’un signalement à ne pas prendre à la légère.
Sources
- Joyal, C. C., & Carpentier, J. (2017). The Prevalence of Paraphilic Interests and Behaviors in the General Population: A Provincial Survey. Journal of Sex Research
- Fédération française des centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (FFCRIAVS), dispositif STOP
- Code pénal français, dispositions relatives au seuil de non-consentement sexuel (loi du 21 avril 2021)