Et si le vrai « turn on », c’était d’être vraiment présent ?
En ce mois de Dry January, où de plus en plus de personnes choisissent de passer janvier « sobre », pourquoi ne pas envisager le concept de sober dating ?
Le sober dating (ou rencontres sobres en français) désigne le fait de sortir avec quelqu’un ou d’avoir un rendez-vous amoureux sans consommer d’alcool ni de substances intoxicantes.
Selon une étude de Bumble, en 2025, 30 % des utilisateurs envisagent de pratiquer des rendez-vous sobres, afin de vivre des rencontres plus authentiques et éclairées.
Alcool et consentement : est-ce un bon mélange ?
Pour l’occasion, nous avons rencontré Marin, de Sexe et Consentement, chargé de sensibiliser aux violences sexistes et sexuelles et d’expliquer ce qu’est le consentement.
Marin a commencé notre discussion en faisant un parallèle simple : imaginez un ami qui a trop bu et à qui vous prenez les clés de voiture pour l’empêcher de rentrer seul. Selon lui, le consentement fonctionne de la même manière : si un ami est ivre et s’apprête à avoir des relations sexuelles, nous devrions être capables de l’en empêcher pour éviter qu’il se mette dans une situation à risque.
On le sait, des rapports sexuels non consentis, sous l’influence de l’alcool, peuvent laisser des traumatismes qui durent toute une vie. Comme un accident de voiture… parfois pire. Marin encourage donc à prendre soin de ses amis et à intervenir si nécessaire.
« Si vous en sentez le courage, prenez les clés de vos amis, empêchez-les d’avoir des relations sexuelles lorsqu’ils sont ivres. »
Il rappelle aussi que le consentement n’est pas le même sous l’effet de l’alcool. Au bout de deux verres, notre cortex préfrontal est déjà impacté : on devient désinhibé et moins conscient de nos désirs et de nos limites. Et même sobres, nous ne connaissons souvent que très peu nos désirs, car notre société ne nous offre pas toujours l’espace ni l’opportunité de réfléchir à ce que nous voulons vraiment.
« Soyons honnêtes, avoir des relations sexuelles quand on est ivre, ce n’est pas idéal. Pensez simplement à votre plaisir. »
Il insiste également sur un malentendu fréquent : certaines personnes pensent qu’on peut signer un contrat pour consentir à une relation sexuelle. Marin souligne que c’est non seulement faux, mais aussi violent. Le consentement doit toujours être réversible : on peut dire oui à un moment et changer d’avis à tout instant, et ce choix reste légitime.
« Si tu fais le Dry January, mon conseil est d’essayer de comprendre tes envies d’alcool. À chaque fois que tu as envie de boire, demande-toi pourquoi : est-ce parce que parler de tes émotions te fait peur et que l’alcool t’aide à te désinhiber ? Ou est-ce parce que tu entres dans un espace d’intimité et que tu te sens gêné·e ? Se poser ces questions est une première étape pour adopter une consommation plus consciente et réfléchie. »
Le Dry Dating montre aussi un certain détachement de la génération Z vis-à-vis de l’alcool. Selon une étude de Statista publiée en début d’année, la Gen Z est celle qui consomme le moins d’alcool : seuls 10 à 24 % déclarent boire régulièrement du vin, de la bière ou des spiritueux. À titre de comparaison, les millennials sont entre 16 et 38 %, et les baby-boomers entre 17 et 44 %.
Il existe donc un véritable écart générationnel : les jeunes refusent de reproduire les habitudes de leurs parents, et c’est plutôt positif. En France, l’alcool fait partie intégrante de la culture, ce qui entraîne une pression sociale à boire, et des jugements lorsqu’une personne choisit de ne pas le faire. La Gen Z s’en éloigne, délaissant temporairement les bars pour d’autres alternatives.
Le mythe du “courage liquide” (désolée, il fallait qu’on en parle)
On nous a vendu l’idée que l’alcool rend sexy, audacieux·se, wild.
Dans les faits ? C’est surtout un bon agent d’illusion. Oui, l’alcool peut donner l’impression d’être plus détendu·e. Mais en coulisses, il engourdit les sensations, brouille la communication et nous déconnecte tranquillement de notre corps. Moins de frissons, moins de nuances, moins de présence.
« Et en vrai, soyons honnêtes : avoir des relations sexuelles quand on est ivre, c’est pas ouf. Pensez à votre kiff tout simplement », ajoute Marin, de Sexe et Consentement.
Bref, pas idéal quand on veut ressentir pleinement. Et le sexe, c’est quand même avant tout une histoire de sensations, non ?
Sobriété ≠ sexualité plate (promis juré)
Si tu associes encore le sexe sobre à quelque chose de beige, de trop sage ou de maladroit… on te comprend. C’est normal.
Quand on enlève l’alcool, il reste quoi ?
Le silence.
Les regards.
Le cœur qui bat un peu plus vite.
Et oui, parfois, ça fait freaker.
Mais c’est aussi là que la magie opère.
Sans substance, chaque caresse est plus précise. Chaque soupir est réel. Chaque “j’aime ça” est choisi. On ne performe plus pour une version idéalisée de soi : on est juste… là.
Et ça ? C’est ultra sexy.
Redécouvrir son désir (spoiler : il a peut-être juste changé de forme)
Beaucoup de personnes vivent une petite période bizarre en explorant une sexualité plus sobre :
-
moins de désir au début
-
difficulté à se laisser aller
-
impression de ne plus trop savoir ce qui excite
Respire. C’est normal.
Ton cerveau est en train de réapprendre à produire du plaisir sans raccourci chimique. Et comme tout apprentissage, ça demande un peu de patience, de curiosité… et de douceur envers soi-même.
Bonne nouvelle : ce désir-là revient souvent plus stable, plus nuancé, plus profond. Moins en feu de paille, plus en braise qui dure longtemps.
La vulnérabilité : le nouveau kink dont on parle trop peu
Être sobre, c’est aussi accepter de se montrer sans armure.
Dire “je suis nerveux·se”.
Demander “est-ce que tu aimes ça ?”.
Oser ralentir.
C’est intimidant… mais c’est aussi là que se crée une vraie connexion.
Le genre de connexion qui fait que le sexe ne se vit pas juste dans le corps, mais aussi dans la tête et le cœur.
Et honnêtement? Il y a quelque chose de profondément excitant dans le fait de se sentir en sécurité pour être soi-même.
Petit reminder d’ami·e à ami·e 💛
Explorer une sexualité plus consciente (avec ou sans alcool), ce n’est pas un défi à réussir ni une étiquette à porter.
C’est une invitation à te poser des questions :
Qu’est-ce que j’aime vraiment ?
De quoi j’ai besoin pour me sentir bien ?
Qu’est-ce qui me fait sentir vivant·e, connecté·e, désirant·e ?
Tu peux y aller à ton rythme.
Un soir à la fois.
Une sensation à la fois.
Et si jamais tu découvres que le vrai turn on, finalement, c’est d’être pleinement présent·e?
Bienvenue dans une sexualité avec plus de couleurs, plus de nuances 🙂
Pour tout comprendre sur le consentement, consultez notre Petit guide du consentement : les bases d’une sexualité respectueuse.
